1 octobre 2025

Lucie Ait El Hadj

Le rôle du langage et de la parole dans le travail par l’image

Si la photographie est au cœur du dispositif Photolangage®, elle n’en est pourtant jamais la finalité. Le travail avec l’image n’est qu’une étape : c’est la parole, et le travail psychique qui la précède, qui constituent le véritable cœur battant de la méthode.

L'image demande un travail intérieur avant tout

« Penser avec des photographies », dans l’esprit du Photolangage®, c’est laisser venir à sa conscience des expériences personnelles, des éléments significatifs, des ressentis – qui pourront ensuite être reliés entre eux, interconnectés, mis en sens. Ce processus n’a rien d’automatique. Il suppose un véritable travail intérieur, souvent silencieux, avant même que la parole ne soit prise devant le groupe.

Cette mise en lien peut produire des effets remarquablement riches : prendre conscience de ses souvenirs, de ses images internes, apprivoiser ses propres expériences pour pouvoir en discuter en groupe. On observe alors, chez de nombreux participants, un élargissement du champ de la conscience de soi, un travail personnel de construction de repères, un regard plus critique sur les images en général, et même un développement de la sensibilité imaginative.

Un double mouvement : élaboration interne et prise de parole

La méthode Photolangage® articule en réalité deux dimensions indissociables : un travail psychique d’élaboration interne, et une prise de parole devant le groupe. Le matériel visuel proposé, combiné à l’organisation spécifique des échanges, facilite chez les participants ces deux mouvements simultanés.

Ce n’est pas un hasard si les photographies sont choisies précisément pour leur capacité à « faire penser ». C’est cette capacité qui suscite chez chaque participant le travail psychique nécessaire. Cela peut inclure l’association d’idées, appréciation, interprétation, remontée de souvenirs, effort de compréhension, mise en liaison des éléments figuratifs entre eux. Ce travail interne débouche ensuite sur un positionnement dans le groupe, par la parole et par l’engagement que cette parole suppose.

La photographie comme langage qui renouvelle le regard

On dit parfois du Photolangage® qu’il constitue un véritable « langage » à part entière – une expression qui n’est pas qu’une formule séduisante. La photographie, dans ce dispositif, renouvelle à la fois le regard porté sur soi-même et la parole que l’on peut en tirer. Elle offre un accès à des zones de l’expérience qui, dans un échange purement verbal et spontané, resteraient souvent inaccessibles ou trop difficiles à formuler d’emblée.

Un ancrage dans des questions philosophiques et psychologiques plus larges

Ce lien entre prise de conscience, mise en récit et construction de soi trouve un écho dans des travaux plus larges sur la conscience et l’identité narrative. Le psychologue Jean Piaget, dans ses recherches sur le développement cognitif, a consacré une part importante de son œuvre à la question de la prise de conscience elle-même. Il analyse comment un individu passe d’un savoir-faire implicite à une compréhension explicite de sa propre action (Piaget, La prise de conscience, 1972).

Le philosophe Paul Ricœur, quant à lui, a développé l’idée que l’identité personnelle se construit largement à travers le récit que l’on fait de soi-même. Cette thèse résonne fortement avec ce que propose le Photolangage®. Il s’agit de donner aux participants l’occasion de mettre en mots, et donc en récit, des expériences jusque-là simplement ressenties ou vécues (Ricœur, Soi-même comme un autre, 1990).

Ce qu’il faut retenir

Dans le Photolangage®, le travail avec l’image n’est jamais une fin en soi : elle est un déclencheur, un support, un pont vers un travail psychique intérieur qui trouvera ensuite sa pleine expression dans la parole partagée avec le groupe. C’est cette articulation subtile entre silence intérieur et parole collective qui explique la profondeur des effets que peut produire la méthode, bien au-delà d’un simple exercice de communication.

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